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Récits de voyages à l'usage de nos petits enfants, de notre famille, des amis et de tous les autres curieux ... Le blog relate nos voyages au Maroc, en Mauritanie, au Mali, en Afrique du Sud et en Namibie. En cours, un long séjour dans neuf pays d'Amérique du Sud ...

14 Jun

Vivre à Djinadio.

Publié par yvesetnickie.over-blog.com  - Catégories :  #Mali

 

Entre deux voyages, pour m’évader à nouveau, j’ai ressorti quelques vieux souvenirs enregistrés sur un caméscope à partir des années 90. Voici celles d’un voyage au Mali en 2000,  un moment fort qui fait partie de nos plus beaux souvenirs d’Afrique …

Les images sont parfois d'assez mauvaise qualité car, outre mes médiocres talents de cinéaste, le caméscope a beaucoup souffert de la chaleur, de l’humidité, de la poussière et des vibrations, rendant certains passages inutilisables. J’ai conservé ce qui restait visible …

Au-delà son intérêt touristique, le séjour avait pour but de rendre visite à nos amis dogons du village de Djinadio, connus à travers l’association « Vivre à Djinadio » dont nous étions à l’époque des membres actifs ( https://www.facebook.com/djinadio/ ).

 

Djinadio est un petit village situé non loin de Mopti, à l’extrémité sud-ouest de la falaise de Bandiagara. Aujourd’hui, vu la situation au Mali, on ne peut plus s’y rendre mais, déjà à l’époque, c’était une aventure de rallier cet endroit isolé, resté loin des circuits touristiques qui commençaient à se  développer au Pays Dogon.

De France, il faut compter un minimum de trois jours pour ce voyage : le premier pour rejoindre Paris, prendre l’avion et arriver à  Bamako. Après une deuxième longue journée, en bus cette fois, on atteint Mopti à environ 60 kilomètres du village. Enfin le troisième jour il reste à grimper dans un taxi brousse archi bondé qui, tôt le matin, rejoint le village de Doundé ( si c’est jour de marché !). Là, des villageois vous attendent et vous guident pour parcourir les derniers kilomètres à pieds et à charrette jusqu’au village.
Car aucun transport en commun et pratiquement aucun véhicule n’y passe …

 

La nuit tombe vite sous ces latitudes et le village n’a pas l’électricité, donc pas d’éclairage. Peu après notre arrivée, nous expérimentons la sensation, étrange pour nous, d'un noir absolu percé épisodiquement par notre lampe de poche ou celle de Paul, l'instituteur qui nous installe dans "la case des amis", dédiée aux rares visiteurs de passage.

C’est seulement le lendemain matin que nous découvrirons vraiment les lieux …

A l'aube, un petit bras noir glisse une grande théière d’eau chaude à l’entrée de notre case.

Aie ! Est-ce destiné à nos ablutions ou à notre petit déjeuner ? Cette première question sera suivie de beaucoup d'autres tant nous sommes transplantés dans un monde différent du notre !

Depuis notre lit de camp, derrière la moustiquaire, nous observons quelques cases du village et percevons les premiers bruits des pilons qui broient le mil.

Bien vite des enfants curieux s’approchent à distance respectueuse avant qu’Ambiélé, le chef de village, ne vienne nous saluer, suivi des anciens, de l’instituteur, des représentantes de l’association des femmes …

Ce sont nos premières expériences des longues salutations dogons en « tomokan », la langue locale. Heureusement nous avons nos traducteurs : Mani et Adama, deux jeunes du village vivant à Bamako, et Paul, l’instituteur.

Nous remettons quelques présents achetés à Mopti : un sac de riz, du sel, des noix de kola et, pour les femmes, des peignes à carder le coton.

Nous voilà pour quelques jours en immersion loin de notre civilisation …

 

Nous découvrons progressivement la vie du village. Les cases et les greniers à mil, typiques du pays dogon avec leurs toits de paille pointus, sont groupés en petites « concessions » familiales. Les femmes n’ont pas le temps de s’ennuyer car leurs tâches sont nombreuses et pénibles : elles doivent collecter l’eau au puits, s’occuper des enfants, préparer les repas à base de mil pilé ou réduit en farine sur des meules de pierre …

Nous sommes en ce mois d’août en « hivernage », c’est-à-dire à la saison des pluies et les hommes, eux, préparent les champs pour les futures récoltes.

Ainsi, selon un rythme qui semble immuable, les journées s’écoulent paisiblement à Djinadio depuis le lever du jour vers 5 heures jusqu’à la nuit qui tombe brutalement avant 19 heures. En notre honneur, la veillée regroupe les hommes et les enfants du village autour de la lampe qui éclaire chichement notre campement !

 

Il y a quelques années, les habitants de Djinadio ont quitté leur village ancestral, situé à l’extrémité de la falaise de Bandiagara, pour venir s’établir quelques kilomètres plus loin dans la plaine, sur le site actuel. Ils se sont ainsi rapprochés de leurs lieux de culture dans la plaine.

Le chef Ambiélé a tenu à nous montrer l’ancien village où ne vit plus désormais qu’une famille. La plupart des maisons sont ruinées mais, pour ne pas couper tout lien avec ce lieu, le marché hebdomadaire se déroule toujours ici à son emplacement originel.

Au cours de cette balade en brousse, nous verrons également un lieu de culte animiste et les fours dans lesquels était fondu autrefois le minerai de fer qui servait à fabriquer les outils et bijoux des villageois.

Moment d’étonnement pour nous : un ancien nous montre comment faire du feu avec deux pierres et une sorte d’amadou végétal. Une technique venant du fond des âges et toujours en usage dans ces endroits reculés où l'on vit pratiquement en autarcie : une boite d’allumettes est un produit de luxe !

 

Le forgeron est au Mali un personnage important issu d’une caste à part, crainte et respectée. Il n’y en a pas à Djinadio même, mais nous rendons visite à celui d’un village voisin qui confectionne les outils agraires, mais aussi les bijoux. Nous lui commandons une bague … que Nickie porte toujours. La matière première ? De vieilles pièces de monnaie françaises en argent !

Au retour, nous passons près d’un vieux puits portant les marques des cordes qui remontent les seaux d’eau.

Nous saluons au passage les habitants de quelques concessions qui mettent tous un point d’honneur à nous offrir en cadeau une de leurs rares richesses : un poulet ! 
C’est ainsi que quelques jours plus tard nous partirons en laissant derrière nous une véritable basse-cour. Ce n’est pas pour rien qu’un proverbe local affirme que « Le poulet craint la visite de l’étranger ».
D'ailleurs le poulet ne se laisse pas faire et sa capture donne lieu à chaque fois à des poursuites épiques ... Les enfants, les chiens et quelques adultes ne sont pas de trop pour capturer ces coureurs tout en muscles ... comme on peut le vérifier à la dégustation !

 

Au Mali c’est en été que tombent les seules pluies de l’année. Nous le vérifions à plusieurs reprises en ce mois d'août, notamment cette nuit où un énorme orage s’abat sur le village. Notre case en banco ne résiste pas très longtemps à la pluie et des pans de mur commencent à s’écrouler avant que nos amis maliens viennent nous porter secours. Avec leur aide, nous  transportons nos lits de camps et nos sacs dans une classe de l’école, rare édifice bâti en pierre par l'aasociation.

La pluie tambourine très fort sur le toit de tôle mais au moins nous sommes au sec !

Le lendemain les grandes mares qui se sont formées ici où là font la joie des enfants, ravis de cette rare occasion de prendre un bain. Il faut en profiter, deux jours plus tard il n'en restera rien ...

 

Notre venue coïncide aussi avec les dix ans de présence de l’association Vivre à Djinadio au village.

Nous en visitons les principales réalisations : le puits, l’école qui comporte alors trois classes et le tout nouveau dispensaire dont un soignant en formation doit prendre prochainement possession. Dernier projet en cours, un maçon venu de Sévaré construit une cantine scolaire avec les pierres extraites de la falaise par les villageois. Il nous vante les mérites de sa construction …

Avant notre départ, nous organisons une grande réunion avec les différents responsables locaux pour évoquer les projets à venir. L’occasion de débats passionnés entre les anciens, les jeunes, les femmes et les chefs des villages voisins dont les intérêts sont parfois divergents …

 

 

Le temps a passé très vite et après quelques jours passés au village il nous faut poursuivre notre route. Comme chaque soir, les enfants viennent nous rejoindre devant notre case mais cette fois ils sont rejoints par des musiciens et les femmes du village qui chantent et dansent longuement en notre honneur.

Les chasseurs tirent quelques salves assourdissantes avec leurs vieilles pétoires, des cadeaux nous sont remis et c’est véritablement le cœur gros, après ce dernier moment d’échange et de partage, que nous faisons nos adieux à tous nos amis du village …

 

 

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Commenter cet article

safia safia 13/09/2020 10:31

Merci d'avoir visité notre site
http://virtuelcampus.univ-msila.dz/facdroitsp

safia 13/09/2020 10:30

bon article merci

À propos

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