Du 26 mars au 1er avril 2026.
Finis les grands espaces et les petites criques vierges : nous traversons une Albanie plus urbanisée et pour tout dire un peu moins riante.
Et pourtant, derrière ce ressenti, l’Albanie continue de nous surprendre et quelques étapes vont illuminer notre séjour.
Derniers instants sur la Riviera
Nous quittons notre crique presque en même temps qu’un troupeau de moutons.
Une dernière fois, nous contemplons la riviera depuis les hauteurs de Dhërmi, charmant village très grec, avec ses vieilles maisons et ses églises accrochées à la montagne. On y parle encore un ancien dialecte grec, l’himariote.
Comme un symbole, un long tunnel transperçant le Mont Llogara nous mène vers un autre monde.
À Vlorë, la ville moderne et agitée s’oppose au paisble vieux quartier ottoman entièrement restauré. Peut-être un peu trop parfois, mais agréable à parcourir malgré tout.
Une soirée comme on les aime
Après quelques kilomètres d’autoroute, nous faisons halte avant Berat, chez Miklo et Valentine, un couple albano-suisse. Ils nous racontent leur parcours. Elle quittant le confort d’un travail de bureau qui ne lui convenait plus. Lui à 12 ans armé d’une kalachnikov et de grenades pendant la révolution albanaise puis traversant l’Adriatique avec un passeur vers l’Italie. Leur rencontre en Suisse et le retour vers cette modeste ferme où ils élèvent quelques vaches, poules et lapins.
La soirée tient toutes ses promesses : repas partagé, barbecue, rires, danses albanaises, et bien sûr, dégustation du raki local.
Un orage éclate, violent, martelant la tôle de la grange mais il ne fait que renforcer l’ambiance. Les échanges continuent, dans un joyeux mélange de français, d’italien et d’anglais.
Berat, la ville aux mille fenêtres
Lestés de bons produits de la ferme (dont une riccotta confectionnée le matin même) nous partons le lendemain, sous un soleil inattendu, à la découverte de Berat.
Ses maisons de pierre aux innombrables fenêtres, ses mosquées, ses églises…
La forteresse, perchée là-haut, met à mal les mollets. C’est en elle-même une vraie petite ville sans rénovations clinquantes ni excès de boutiques à touristes. Ses ruelles pavées mènent aux témoignages des différentes civilisations qui l’ont traversée ...
Nous dormons sur place et après un petit-déjeuner albanais copieux — tomates, concombres, olives, fromage, petulla (sorte de beignets), pain, confiture et café turc — nous partons explorer Gorica, le quartier chrétien de l’autre côté de la rivière.
De là, la vue est splendide sur toute la ville. Au loin, le mont Tomor encore enneigé ferme l’horizon.
Entre lagune et Adriatique
Nous rejoignons ensuite la lagune de Divjakë-Karavasta.
Le lieu, entre mer et lagune, est étrange, presque irréel : dunes inondées, forêt de pins d’Alep ...
La nuit est d’un calme absolu.
Au matin, les pistes submergées rendent les accès difficiles. Nous espérions observer de nombreux oiseaux… mais seuls quelques hérons et deux pélicans se laissent apercevoir.
Et puis, au moment de partir, la magie opère : un pélican frisé atterrit juste à côté de nous, près d’un petit parc animé par des familles albanaises en pique-nique.
Familier, chineur voire voleur, il vient chercher de quoi se nourrir. Mais il a bien du mal à ingurgiter les bouts de viande et les saucisses grillées qu'on lui offre ! (Voir la vidéo).
Cap au nord
Nous passons la nuit suivante sur une immense plage au nord de Durrës.
Peu accessible, presque déserte en cette saison, elle n’est fréquentée que par quelques pêcheurs et cavaliers. L’Adriatique est fraîche, comme chez nous l’été ...
Rencontre au Mont Krujë
La luminosité du matin nous permet d’observer au loin les Alpes dinariques enneigées, notre prochain objectif.
Pour l’instant, direction Krujë. La route grimpe joliment dans la montagne.
La forteresse offre une belle balade, mais le bazar est aujourd’hui purement touristique. Nous repartons ... avec deux petits tapis pour la cellule, délestés de 25 €.
Le soir, nous prenons de la hauteur : bivouac à 1.150 mètres. La neige, aperçue le matin au loin, est désormais au bord de la route. La vue s’étend jusqu’à la mer, Tirana et Durrës. Nous y retrouvons Guillaume et Pauline, de jeunes voyageurs rencontrés l’après-midi. La soirée sera longue et animée autour des spécialités apportées par chacun : raki turc, vin bulgare, limoncello et crème de tiramissu.
Plus bas, à Fushë Krujë, une surprise inattendue : la ville rend hommage à George W. Bush, célébré pour son soutien à l’Albanie. Son nom est partout sur les boutiques mais on peut dire que sa statue n’est pas mise en valeur par l’environnement !
Dernière étape albanaise
À Shkodër, l’architecture surprend : immeubles modernes, vestiges communistes, influences ottomanes… un mélange déroutant.
Églises et mosquées, toutes récentes, ponctuent la ville. Bien sûr Mère Térésa, d’origine albanaise, a son église et est statufiée.
Nous passons la nuit au bord d’une rivière. Nous avons investi nos deux derniers billets albanais dans 750 grammes de baklavas et une grosse poche de magnifiques gambas fraiches. Repas de gala sous la forteresse éclairée !
Demain, il ne restera plus que 20 kilomètres à parcourir avant d’entrer au Monténégro.
Retour sur tout ça avec les images qui bougent ...
La vanlife en Albanie :
Nous continuons de découvrir les particularités de l’Albanie ...
Par exemple, fait assez rare en Europe aujourd’hui, on fume encore librement dans les cafés et restaurants.
Les Albanais parlent souvent un minimum d’anglais, mais l’italien et l’allemand sont d’usage fréquent. Le français, lui, se glisse parfois dans la conversation lorsqu’un frère ou un cousin y est expatrié.
Une chose frappe aussi : le rapport à la voiture. Les grosses berlines allemandes sont partout, les stations-service, les magasins d’accessoires et les postes de lavage aussi. Le carburant est pourtant autour de 2,40 €, mais rien ne semble freiner cette passion.
On nous avait parlé de conducteurs fous. En réalité, nous découvrons des automobilistes plutôt courtois. Certes, quelques dépassements sont… audacieux. Mais dans l’ensemble, les priorités sont respectées, les passages piétons aussi bien mieux qu’en France.
Le vrai problème, c’est la ville : peu de stationnements, des voitures garées dans tous les sens … et des bouchons conséquents.
Pour nous, côté mécanique, tout va bien : le Sprinter tourne parfaitement depuis son passage chez Mercedes à Sofia. Dans la cellule, rien à signaler si ce n’est quelques ajustements mineurs, une vis à resserrer, un petit bricolage sur la cheminée… la routine.
Avec le changement d’heure, les journées s’étirent désormais jusqu’à 19h30. Ce décalage est un vrai bonheur car, pour tout dire, nous ne profitions guère du lever du jour à 5h 30 !.
Un dernier fait notable : nous croisons de plus en plus de voyageurs en van et camping-car. L’Albanie, entre Balkans et Orient, est en train de devenir une vraie terre d’itinérance.
Le top :
Pour notre grand plaisir, les ottomans ont laissé dans la région leurs traditions culinaires : beureks, köftés, mézés, baklavas ... sont partout, mêlés aux apports des cuisines grecque et slave.
De 11 à 35 euros, c’est ce que nous avons payé pour deux, selon la catégorie de restaurant, pour des repas copieux, avec de savoureux poissons sur la côte.
Avec une exception : à Divjakë nous avons pris un déjeuner simple et délicieux pour 3 euros à nous deux dans une simple gargote. Au menu, feuilletés façon hot-dog et « trileçe ». Ce délicieux gâteau aux trois laits à une histoire curieuse : venu d’Amérique du Sud via les telenovelas, il est devenu une spécialité albanaise exportée dans tous les balkans.
Le flop :
Depuis que nous avons quitté la Riviera albanaise, le décor a changé du tout au tout. Les paysages se font plus ternes, c’est même souvent un euphémisme. Dans un large rayon autour de Tirana, nous traversons ce qui ressemble à une immense zone artisanale, posée au milieu d’une campagne sans charme. Les petites villes sont encore très marquées par des constructions d'une autre époque. Quant aux routes, elles sont encombrées, souvent en mauvais état et rapidement, une évidence s’impose : nous éviterons la capitale.
Plus de monde, c’est aussi plus de déchets. Les bas-côtés, les chemins et les rivières en sont malheureusement souvent jonchés.
Le saviez-vous ?
En Albanie, de nombreux tekke jalonnent le territoire.
Les tekke sont des lieux à part : à la fois sanctuaires, maisons de prière et espaces d’accueil. Ils sont liés au bektachisme, une branche mystique de l’islam née dans l’Empire ottoman autour de la figure de Hacı Bektaş Veli. Plus qu’une simple religion, le bektachisme est une voie spirituelle qui met l’accent sur la tolérance, la quête intérieure et une lecture symbolique des textes sacrés.
Les tekke, souvent discrets et paisibles, sont tenus par des derviches et ouverts à tous, sans distinction de religion. On y vient pour se recueillir, échanger, ou simplement ressentir une atmosphère empreinte de sérénité. À l’intérieur, les rites mêlent prières, chants et parfois musique, dans un esprit très différent de l’islam plus orthodoxe.
En Albanie, le bektachisme a trouvé un terrain particulièrement favorable, notamment après son interdiction dans la Turquie de Mustafa Kemal Atatürk. Aujourd’hui encore, le pays abrite le centre mondial bektachi, installé à Tirana, et le 22 mars est férié pour célébrer Sulltan Novruz, le nouvel an persan.
Sur le Mont Krujë, on peut voir le petit tekke dédié à Sari Salltiku, figure mystique du XIVe siècle qui avec quelques derviches a prêché dans la région bien avant l'arrivée des Ottomans.
L’anecdote :
Sur une autoroute, il y a des péages, en Albanie comme ailleurs. Mais dans les guérites albanaises, il y a des hommes payés pour dire, avec un grand sourire, que c'est gratuit !
No comment : amusantes, étonnantes, intrigantes ... quelques images qui n’ont pas trouvé leur place ailleurs dans le blog …