De retour d’un voyage qui nous a menés jusqu’en Géorgie et en Arménie, nous avons traversé les Balkans sans véritable feuille de route, avec pour seul objectif le plaisir de découvrir de nouveaux pays sur notre route vers la France : la Bulgarie, la Macédoine du Nord, l’Albanie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie et enfin la Slovénie pour refermer cette longue parenthèse balkanique.
Nous y avons trouvé des montagnes encore enneigées au printemps, des lacs et des mers d'un bleu incroyable, des villages endormis, des villes chargées d'histoire, des routes parfois improbables, des bivouacs magnifiques et fait de belles rencontres.
Mais ce qui nous reste de ce voyage dépasse largement la liste des endroits visités.
Ce récit n’est pas un guide des Balkans : c’est plutôt une invitation à prendre la route avec nous. À regarder ce que nous avons vu, à partager ce qui nous a surpris, amusés ou émus… et peut-être à donner envie de découvrir cette partie de l’Europe.
La carte est interactive : vous pouvez zoomer et la déplacer à votre guise ...
Nature et paysages : la palette des Balkans
Les Balkans nous ont surtout donné l'impression de traverser, en quelques semaines, plusieurs mondes différents et si un mot devait résumer la diversité des paysages traversés, ce serait certainement « contraste ».
Les montagnes d’abord : nous les découvrons en Bulgarie où les Rhodopes nous attirent depuis plusieurs jours avec leurs sommets enneigés. Les grandes routes y disparaissent au profit de petites voies et de pistes qui serpentent entre les forêts. Les villages semblent vivre à un rythme différent. Les maisons de pierre, les toits de lauzes, les troupeaux et les vastes espaces donnent une impression de calme presque intemporel. À Shiroka Laka, nous trouvons l’un des plus beaux villages de notre passage en Bulgarie.
Atteindre le massif du Durmitor, au Monténégro, a été une aventure en soi. Au cœur de paysages grandioses, des routes coupées par la neige, des tunnels non éclairés redoutables et grisants à la fois ... Notre récompense : une marche jusqu’au Crno Jezero, un lac gelé face au mont Bobotov (2 528 m) …
Lacs et rivières sont aussi omniprésents.
Les montagnes environnantes se reflètent dans le lac de Mavrovo en Macédoine ...
Ohrid est certainement l'un des lieux qui nous a le plus séduits, avec l'église Saint-Jean de Kaneo posée au-dessus du lac …
Toujours en Albanie, l'Œil Bleu, une source jaillissant des profondeurs de la terre, présente des couleurs presque irréelles …
Dans la lagune de Divjakë-Karavasta, entre dunes inondées et forêt de pins, un pélican frisé familier est venu chercher sa pitance à côté de nous …
Les lacs monténégrins de Krupac et de Piva, enchantent par leurs bleus incroyables …
Au parc national de Krka, en Croatie l'eau tombe, ruisselle, contourne, éclabousse, depuis dix-sept cascades de travertin …
Et pour finir en beauté, nous découvrons le lac de Bled en Slovénie, son église posée sur une île et son château surplombant l'ensemble.
Mer ou montagne ?
C’est l'un des grands plaisirs de ce voyage : ne pas avoir à choisir. Les deux sont parfois séparées de quelques dizaines de kilomètres seulement et permettent de multiples allers et retours de l’une à l’autre.
Après la découverte des jolis bords de la mer Noire en Bulgarie ...
… nous découvrons la Riviera albanaise, ses oliviers, ses agrumes, ses criques et cette lumière particulière de la mer Ionienne
Au Montenegro, les bouches de Kotor évoquent un « fjord méditerranéen » aux allures presque italiennes dont les montagnes referment le décor ...
La côte dalmate de Croatie éblouit par ses eaux turquoise et ses villages vénitiens …
… et tout au bout, sur l’Adriatique, Piran, unique fenêtre slovène sur l'Adriatique, à seulement 15 km de l'Italie.
Quelques curiosités géologiques nous ont impressionnés : les gorges de Trigrad en Bulgarie, où un tunnel mène à une caverne abritant une cascade de 60 mètres associée par la légende à la descente aux enfers d'Orphée …
… les gorges de la Tara au Monténégro, parmi les plus profondes du monde …
… celles de Tolmin en Slovénie, accessibles par quelque 500 marches dans un décor sauvage et minéral ...
Nous avons trouvé également en Slovénie une manière originale de découvrir les paysages : l'autovlak, un auto-train unique reliant Bohinjska Bistrica à Podbrdo à travers les Alpes Juliennes. On embarque sur un wagon plateau et on reste tranquillement au volant de son van. Après le passage d’un long tunnel, les montagnes défilent sans qu'on ait à conduire !
Mais parfois la nature nous rappelle qu’elle est chez elle !
Une nuit, dans un vallon paisible de Slovénie, nous entendons des cris rauques et puissants provenant de la forêt. Nous réalisons alors que nous avons installé notre bivouac dans une zone où les ours sont particulièrement présents. Les indices étaient pourtant là : poubelles verrouillées, postes d’observation, mais nous n’avions pas vraiment fait le rapprochement.
La neige, encore présente en ces mois de mars et avril nous a aussi valu quelques demi-tours imprévus en Macédoine du Nord et au Monténégro ...
En fait, pendant ces deux mois, nous avons parfois eu l’impression de traverser plusieurs saisons en quelques jours. En Bulgarie, la neige est encore présente dans les montagnes et dans les Rhodopes, le thermomètre descend à –6 °C. Puis la route descend, le paysage se réchauffe. Quelques heures plus tard, en plein soleil, le thermomètre affichera 39 °C.
À Melnik, nous sommes déjà dans une ambiance méditerranéenne, entourés de vignobles.
En Albanie, nous retrouvons les oliviers, les agrumes et les premiers parfums du printemps. Les montagnes du Montenegro peuvent être glaciales et enneigées mais au bord de l’Adriatique le soleil, les fleurs, les amandiers, les figuiers, les vignes, les orangers et les oliviers accompagnent nos journées.
Sur les traces de l'Histoire : un millefeuille de civilisations
Difficile de faire deux pas dans les Balkans sans croiser les strates de son histoire. Thraces, Grecs, Romains, Byzantins, Ottomans, Vénitiens, Austro-Hongrois et j’en passe ... chacun a laissé son empreinte, parfois sur les mêmes pierres. Dans les Balkans, l’histoire n’est pas confinée aux musées. Elle est dans les rues, dans les pierres, les citadelles ou parfois même dans les maisons abandonnées.
Plovdiv, en Bulgarie, fondée il y a 8 000 ans, en est un exemple frappant : au long de ses ruelles pavées se superposent les traces de chaque civilisation ...
À Butrint, en Albanie, les vestiges grecs, romains, byzantins et vénitiens se mêlent dans une nature presque intacte ...
À Skopje, la capitale macédonienne, il suffit de franchir le vieux pont de pierre pour passer d'une ville moderne et monumentale au vieux bazar ottoman, avec ses ruelles, ses échoppes et ses minarets.
À Split, l'immense palais de Dioclétien (3e siècle) a été réinvesti au fil du temps par les Byzantins, Vénitiens, Autrichiens puis Français. C’est aujourd'hui un quartier vivant, habité, avec du linge qui sèche aux fenêtres dans le palais impérial.
Berat, en Albanie, « la ville aux mille fenêtres », ou Ohrid, en Macédoine du Nord, racontent la même histoire de superpositions.
Mais c'est le 20e siècle qui a laissé les cicatrices les plus vives. Les 700 000 bunkers disséminés dans toute l'Albanie, vestiges de la paranoïa de la dictature d'Enver Hoxha, encombrent aujourd'hui les champs, inutiles et indestructibles.
À Konjic, en Bosnie-Herzégovine, face au vieux pont ottoman, un bunker antinucléaire titanesque construit secrètement par Tito (3,5 milliards de dollars, conçu pour abriter 650 personnes six mois durant) rappelle une autre paranoïa, celle de la Guerre froide.
Plus douloureuses encore sont les traces très visibles de la guerre des années 1990 en Bosnie-Herzégovine : les cimetières catholiques et musulmans côte à côte, les maisons encore marquées d'impacts notamment à Gorazde, ville martyre comme Srebrenica, ou encore le Stari Most, pont de Mostar détruit en 1993 puis reconstruit à l'identique en 2003 sont autant de rappels de ces sinistres années.
À Sarajevo, les quartiers austro-hongrois côtoient la vieille ville ottomane. Les églises catholiques et les mosquées ne sont jamais très éloignées et parfois l’appel du muezzin retentit en même temps que les cloches d’une église. L’histoire récente affleure à chaque coin de rue et le pont où fut assassiné François-Ferdinand d'Autriche en 1914 rappelle comment un lieu modeste peut déclencher un conflit mondial.
Dernière étape de ce mille-feuille, la Slovénie referme la boucle avec élégance : à Ljubljana, styles austro-hongrois, vénitien et art nouveau se mélangent harmonieusement le long de la rivière. Le château de Predjama, littéralement accroché à une falaise, et Piran, petite cité vénitienne posée sur une pointe où l'italien se parle au même titre que le slovène, prolongent ce dialogue entre influences qui aura traversé tout le voyage.
Une mosaïque de peuples et de religions …
Dans les Balkans, rien n’est vraiment simple : les identités se croisent, les langues se mélangent, les religions cohabitent.
Le christianisme orthodoxe est largement majoritaire en Bulgarie comme en attestent les nombreuses églises et monastères, très fréquentés. Le monastère fondé en 1083 à Batchkovo, rappelle la longue présence de la tradition orthodoxe …
Par contre, à la fin de notre voyage, le catholicisme prend de plus en plus de place jusqu’à devenir majoritaire en Croatie et Slovénie …
Partout ailleurs mosquées et églises orthodoxes se répondent, souvent à quelques rues d'écart. En plein ramadan, les musulmans sont attablés aux terrasses des cafés devant des tables vides, tandis qu’un peu plus loin des familles sont attablées aux terrasses des restaurants, dans une ambiance pourtant toujours bon enfant. Aux thermes de Bënjë, en Albanie, nous avons partagé les bassins avec de nombreux musulmans le jour de l'Aïd el-Fitr. Plus tard, à Mostar puis au bord de la rivière Buna en Bosnie-Herzégovine, c'est le week-end de Pâques orthodoxe que nous avons croisé, cloches et appel à la prière se répondant d'une rive à l'autre.
Pourtant, lors de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, la religion a été instrumentalisée par les leaders politiques pour justifier les violences nationalistes. Mais aujourd’hui, au quotidien, la tolérance prédomine largement et les mariages mixtes sont fréquents.
Pour qui voyage au long cours dans un van, les rencontres ajoutent de la saveur au voyage et sont particulièrement appréciées. Dans ces pays où l’hospitalité est une tradition solidement ancrée, l’accueil est chaleureux, les gens souriants et serviables.
Un habitant nous ouvre son jardin parce qu'une piste est coupée, un jeune homme nous guide en mobylette, trois pêcheurs nous offrent spontanément des oranges au bord du lac de Butrint ...
Un couple albano-suisse nous accueille dans sa ferme près de Berat : nous partageons barbecue, raki, danses et histoires de vie (lui enfant soldat pendant la révolution albanaise !) dans un joyeux mélange de français, d'italien et d'anglais ...
Il y a aussi ces voyageurs rencontrés presque par hasard, avec lesquels une soirée autour du feu devient un petit morceau de voyage partagé.
En Albanie nous avons pris de superbes bivouacs et quelques pistes avec Sarah, Germain et leurs enfants avant que nos chemins se séparent ...
Au Monténégro, notre bivouac au Mont Krujë avec Guillaume et Pauline, jeunes voyageurs rencontrés l'après-midi même, a donné lieu à une soirée improvisée mêlant raki turc, vin bulgare, limoncello et tiramisu !
Et la gastronomie balkanique ?
La cuisine, elle aussi, raconte l'histoire de la région et l'héritage ottoman y est omniprésent : beureks, ćevapčići, köftés, mézés et baklavas se retrouvent d'un pays à l'autre, mêlés aux influences grecques et slaves.
Nous avons souvent mangé simplement et très copieusement pour des prix plus qu’abordables : pour deux, 14 € dans un petit restaurant macédonien, 11 à 35 € en Albanie selon la catégorie, et un record à 3 € pour un déjeuner simple à Divjakë (feuilletés façon hot-dog et trileçe — un gâteau aux trois laits venu d'Amérique du Sud via les telenovelas et devenu une spécialité exportée dans tous les Balkans). Et nous sommes souvent repartis avec un « doggy bag » !
Pour nos achats, les marchés de plein air, disparus depuis la Turquie, ne sont réapparus qu’en Slovénie. Mais les petits « markets » sont présents dans le moindre village.
On y trouve tout, avec son lot d’inconnu et parfois de petits pièges. En Bulgarie, notre connaissance de l’alphabet cyrillique nous joue un tour : en voulant acheter du lait, nous repartons avec un litre d’ayran (une boisson fermentée et salée qui accompagne les repas). Heureusement il y a Google Traduction qui deviendra rapidement l’un de nos compagnons de voyage les plus fidèles.
Presque partout la vigne est présente, et c’est l’occasion de quelques plaisirs en chemin : le domaine familial de la Villa Melnik en Bulgarie, le Grk, cépage blanc unique de l'île croate de Korčula ou encore le raki sous toutes ses formes ...
Croatie et Slovénie, marqueront un changement de registre culinaire : charcuterie et influences italiennes s’imposent progressivement. Sur une place de Ljubljana, par exemple, place à un généreux plat à base de porc suivi de la gibanica, gâteau traditionnel local.
En van : la liberté !
Notre Sprinter n'est pas seulement notre moyen de transport.
C’est notre maison, notre refuge, notre observatoire… notre meilleur compagnon de voyage.
Et le fait qu’il soit 4x4, même si ce n’est pas absolument indispensable dans les Balkans, nous a ouvert de belles opportunités. Les routes de montagne peuvent être étroites, très sinueuses et parfois franchement improbables. Nous avons connu les pistes boueuses, les raccourcis qui n'en sont pas, les routes coupées par la neige et les demi-tours obligatoires.
Au Monténégro, une route annoncée comme possible nous oblige à rebrousser chemin à cause de la neige. Quelques dizaines de kilomètres plus loin, un chantier sur un pont nous impose une attente de deux heures et demie.
En Albanie, une étape de 135 kilomètres vers Përmet devait être une formalité : elle nous prendra plus de cinq heures.
Et puis il y a une branche trop basse ici, un fil électrique un peu trop bas là …
Mais pour nous, voyager en van, c’est aussi ne pas toujours savoir où l’on dormira le soir et chercher un joli coin de nature pour un bivouac sauvage. Nous en avons trouvé de très simples, dictés par la nécessité de s’arrêter, d'autres dans des lieux magnifiques qui nous ont incités à nous arrêter plus tôt ou plus longtemps que prévu.
De la Bulgarie au Montenegro, la liberté est quasi totale : aucune contrainte, de l’eau de source à profusion dans les montagnes, le paradis !
Seules exceptions à nos bivouacs quotidiens, quelques rares campings et, épisodiquement, des locations d’appartements pour bénéficier d’une machine à laver et découvrir une capitale à pied en évitant une circulation généralement difficile.
La Croatie et la Slovénie, en toute fin de parcours, nous ont offert une autre réalité : le camping sauvage y est officiellement interdit, panneaux à l'appui, avec de fortes amendes en perspective. Dans les faits, hors saison, en restant discret et hors du littoral, on peut encore trouver son coin de nature pour la nuit.
On y retrouve l’Europe « de chez nous », plus balisée, avec son lot d’avantages et d’inconvénients : le retour à l’euro (plus de conversion de lev, de denar, de lekë, de mark bosnien), des routes meilleures avec des conducteurs plus disciplinés, la propreté dans les rues, les parkings et les plages … mais des prix beaucoup plus élevés et souvent des contacts moins chaleureux.
Alors pourquoi visiter les Balkans ?
Sept pays (sans compter la Roumanie, le Kosovo et la Serbie où nous ne sommes pas allés), une infinité de visages différents et pourtant, un même sentiment qui revient sans cesse : celui d'une région façonnée par le brassage des civilisations, où les identités ethniques et religieuses cohabitent avec une facilité qui nous a souvent étonnés.
Des rives de la Mer Noire aux calanques dalmates, en passant par la riviera albanaise et les neiges du Durmitor, les Balkans nous ont offert bien plus que la beauté des paysages.
Nous avons traversé des frontières mais, plus souvent encore, nous avons traversé des cultures.
Et c'est probablement cela que nous retiendrons le plus de ces deux mois.
No comment …
Amusantes, étonnantes, intrigantes ... quelques images qui n’ont pas trouvé leur place ailleurs dans ce blog …
Article rédigé à partir de nos carnets de route, pays par pays, disponibles sur le blog : Bulgarie, Macédoine du Nord, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Slovénie.
Article rédigé à partir de nos carnets de route, pays par pays, disponibles sur le blog : Bulgarie, Macédoine du Nord, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Croatie et Slovénie